Jeudi 1er septembre 2011

Résonance théologique sur le cinéma

Interrogeons nous sur la démarche que Cin’Azur propose dans le cadre de la Formation permanente

Voir un bon film ensemble -céder au plaisir légitime que procure une projection - en discuter, mieux le comprendre, en ressortir plus riche en sensations et en sagesse…..

Il faut savoir que notre imaginaire rencontrant l’imaginaire du réalisateur provoque une alchimie qui fait que chacun voit un film d’une façon différente de son voisin selon la résonance que le film provoque en lui

« Tout film éveille en nous des accords » disait Renoir .

Un film : c’est une œuvre créatrice qui narre une histoire, un événement de l’ordre du récit et de la fiction - avec mise en intrigue- personnages- décors,-réglage de l’espace temps- du dénouement mais si la trame narrative du film, sa mise en scène est l’œuvre de la pensée, et du travail d’un réalisateur, il met aussi en mouvement la responsabilité du spectateur quand à sa propre interprétation de ce qu’il voit sur l’écran par rapport à lui-même à sa propre vie. Il participe ainsi à une réappropriation de soi et du monde.

Nous sommes dans le film et en même temps nous sommes à l’extérieur du film ce qui convie notre esprit à un travail de pensée, parfois à une expérience poétique, ou à une réflexion éthique à propos du bien et du mal, du beau, de l’utile… qui nous révèle à nous même ce que nous avons de mieux et aussi à ce que nous avons de faible et de mesquin.

Le film peu ainsi ouvrir notre regard, susciter en nous un discernement, une distance critique.

C’est rechercher , comme l’exprime Saint Augustin… « les perfections invisibles à travers toutes choses crées… »

Les films grand public peuvent donner lieu à une profonde réflexion théologique. Sans faire de la récupération religieuse, beaucoup d’œuvres cinématographiques véhiculent une idée de Dieu, du sens de la vie, de la rédemption, du pardon du don de soi.

Nous avons vu la rédemption à l’œuvre dans le « Silence de Lorna » des frères Dardenne ; la compassion jusqu’au sacrifice de sa vie dans « Grand Torino » de Clint Eastwood ; la quête du sens de la vie dans « Vicky-Cristina –Barcelona » de Woody Allen, le caractère destructeur du mensonge dans « Les Trois Singes » de Nuri Bilge Ceylan ; l’accès à la vérité et la libération par la parole dans « Mères et Filles » - etc …

Un film ne donne pas seulement à voir mais il donne aussi à entendre. Des sons, des bruitages, de la musique, des mots, des paroles, du silence,… toute l’alchimie d’une bande sonore évocatrice est aussi essentielle que la narration et les séquences d’image. Pourtant ce qui est entendu n’est pas réductible à du son à un langage articulé.

Un bon film ça parle et ça nous donne à parler.

L’image n’est pas la finalité d’un film mais elle doit faire naître le spectateur à la parole, éduquer son regard en vue de l’écoute.

Le cinéma dans ce qu’il a de meilleur vient nous éveiller à nous même et nous fait entrer dans une vigilance attentive.

Non seulement il arrive que le cinéma parle de l’essentiel : la mort, Dieu, l’amour, la conscience … mais il peut aussi nous apprendre à mieux voir, à dépasser les apparences et nous rappeler à la dimension spirituelle de l’existence, et même de chercher le Christ dans l’homme, dans le combat entre le péché et la grâce. Il y a de la parabole dans certains films

On dit que le cinéma est le miroir de notre société, c’est vrai, par sa technique et le talent du réalisateur il nous fait aussi bien parcourir le monde dans son univers terrestre, que les arcanes de l’âme humaine dans ces passions, ces émotions, ces drames qui peuvent être loin de notre expérience quotidienne.

Rendons grâce au travail à la culture, au talent et parfois au génie de ces cinéastes, à la fois historiens, prophètes, psychologues, visionnaires, philosophes, humanistes qui savent nous faire rire et nous émouvoir.

Leur œuvre créatrice, même s’ils n’en n’ont pas conscience ou s’ils le nient contient cette étincelle divine qui fait l’homme à l’image de Dieu.

Marie-Nicole Courboulès novembre 2009