Jeudi 1er décembre 2011

A quoi bon la musique de film ?

Vous souvenez-vous, en sortant du cinéma, de la musique du film dont la projection est à peine terminée ? Un peu, beaucoup, vaguement ?

Anne-Claire de Gaujac -  voir en grand cette image
Anne-Claire de Gaujac

Et pourtant sa présence au cinéma est incontournable et on peut penser, avec Nicola Piovani, compositeur qui a travaillé pendant dix ans avec Fellini, que « la musique est l’inconscient du film » [1]. Pedro Almodovar, de son côté, la considère comme un élément essentiel à la narration, aussi important que la lumière, l’interprétation, le décor. [2]

De fait, au cinéma, bien des choses sont dites avec la musique. Chacun ressent sa beauté, son caractère lyrique ou grinçant, les émotions qu’elle suggère, bien qu’il soit difficile de percevoir le détail de son fonctionnement : l’attention se porte en premier lieu sur l’image.

Peu étudiée chez nous, qu’il s’agisse de l’analyser, d’observer ou d’apprendre à la composer, ignorée des médias y compris des critiques de cinéma, la musique de film a cependant ses adeptes qui n’écoutent pas d’autre musique. Ils sont séduits par sa force d’évocation - elle serait « écrite pour produire des émotions en nous » et par sa grande variété, de la musique symphonique écrite dans le prolongement du romantisme à toutes les musiques d’aujourd’hui, musique contemporaine, jazz, pop, variété, musiques ethniques. Elle a même été pour certains le chemin conduisant à la découverte de nouveaux genres musicaux.

Le compositeur de musique de film, personnage souvent maltraité au cours du processus d’élaboration d’un film et peu considéré par ses pairs compositeurs de musique savante, est tiraillé entre la valeur esthétique de son œuvre et la fonction dramatique de cette même composition au service du film. Il doit faire preuve de beaucoup de talent et d’un grand savoir faire pour ne négliger aucune de ces deux composantes. Sa musique sait alors tour à tour soutenir une séquence, en commenter une autre, suggérer ce que l’image n’indique pas clairement, aider le spectateur à prendre du recul par rapport à elle. Parfois elle se pose en contrepoint de ce que montre l’écran.

Au cours de l’histoire du cinéma la place de la musique de cinéma a évolué. Depuis ses débuts au temps du muet où elle s’attachait principalement à suivre l’action, jusqu’au cinéma d’auteur où sa présence peut se faire rare et d’autant plus signifiante, sans oublier la tradition des studios américains offrant des partitions symphoniques amples et quasi omniprésentes, elle revêt de multiples visages. Le genre « musique de film » n’existe pas en soi. Mais que deviendrait le cinéma sans musique ? Sa perte serait terrible car, selon Stanley Kubrick, "quand la musique convient à un film, elle lui ajoute une dimension que rien d’autre ne pourrait lui donner. [3]

Anne-Claire de GAUJAC

[1Interviewde Nicola Piovani recueilli par Dominique Simonnet, L’Express Mag, 8 mai 2003

[2Interview réalisé par Harold Manning dans le cadre de l’émission France Inter Au temps pour moi le 14 août 2011

[3Michel Ciment, Kubrick, Calmann Lévy